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Chang Cheh, ou l’amitie virile magnifiee…

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Ne en 1923 a Shanghai, Chang Cheh fut l’un des meilleurs realisateurs que la Shaw n’ait jamais connu, et le plus influent sur le cinema honkongais. Malgres la chute du studio mythique et la majorite de ses films retombes ds l’oubli, il reste un homme respecte et cheri par ses acteurs, collaborateurs et fans.
Portrait d’un mysogyne hors du commun…

Homme de l’ombre, on connait peu sur ses origines et ses debuts, a part le fait qu’il serait le fils d’un seigneur de guerre (?!), diplome de l’universite de Chungking (ou il etudia la politique) avant de s’installer a Hong Kong ou il devint critique de films. Parfait autodidacte, il etait un grand intellectuel et touche a tout: cinema, litterature, histoire, calligraphie et politique etaient ses centres d’interets. Un peu paradoxal quand on voit la simplicite de la plupart de ses scenarios… XP Il fera ses debuts au cinema en 1947, en tant que scenariste sur le film The false faced woman, et realisa son premier film, Mount Turbulence, en 1949. Mais son premier grand succes ne viendra que 18 ans plus tard, en 1967, avec The one-armed swordman. Le film fut le premier a franchir les HK$1million a l’epoque, et fit de son acteur principal, le charismatique Jimmy Wang Yu, une superstar.

Hop! Disparitioooon!! (Gerard Majax)

Avec sa “dream team”, le scenariste Ni Kuang, ses choregraphes de combats Tang Chia et Liu Chia Liang (qui realisera plus tard La 36e Chambre de Shaolin et devint lui-meme un maitre du genre) et toute une troupe d’assistants devoues (dont un tout jeune John Woo), il realisera la majorite des meilleurs films de la Shaw Brothers entre 1965 a 1975. Et pour cause: dans les annees 60, la tendance est aux comedies romantiques et autres comedies musicales, et le studio s’autorise a tourner qu’un seul Wu Xia Pian (entendez par la “cinema de capes et d’epee chinois”, essenciellement tourne en mandarin) par an. Chang Cheh et King Hu decident de changer la donne: ils vont rendre le film d’action plus passionnant et charismatique, et les spectateurs vont y adherer.

Mais a l’instar de King Hu, realisateur du superbe “Come And Drink With Me”, qui decide de mettre des femmes comme roles principaux dans ses films d’action (une revolution a l’epoque, car on ne voyait pas les femmes se battre!), Chang Cheh decidera de releguer ses actrices a des roles mineurs, souvent comme victimes, catins, et femmes perverses et infideles. Chang Cheh, mysogyne? Il faut dire qu’a l’epoque en Asie les actrices etaient mieux payees que les acteurs, et souvent tenaient les roles principaux. Et Chang se refuse de jouer le jeu: il recrute des jeunes acteurs, souvent beaux et a l’allure rebelle, a l’image d’un jeune Marlon Brando ou James Dean, qu’il adore. Chang Cheh, homosexuel? Il fit de Jimmy Wang Yu et de Lo Lieh des stars internationales, mais quand Wang Yu decida de quitter la Shaw en 1970, il le remplaca par un duo encore plus populaire, que furent David Chiang et Ti Lung. Autre que ses 2 chouchous, on nota l’apparition du tres bon Chen Kuan-Tai (principalement pour contrer l’ascension fulgurante de Bruce Lee, qui travaillait pour les studios concurrents The Harvest) et d’Alexander Fu Sheng, disparu trop tot dans un accident de voiture. Encore un autre James Dean…


Concours de Bishies: Jimmy Wang Yu, David Chiang, Ti Lung, Chen Kuan-Tai et Alexander Fu Sheng

Parfait touche-a-tout derriere la camera comme dans la realite, “l’Ogre” – comme on le surnomme a Hong Kong, en reference au nombre de films qu’il tournait par an (jusqu’a 12!!) – realisa toutes sortes de films et en melangeait les genres:

  • Wu Xia Pian (The Water Margin)
  • Kung Fu (2 Heroes)
  • Comedie Musicale (The Singing Killer)
  • Gansters (The Boxer from Shantung)
  • Comedie dramatique (Young People)
  • Drame Historique (Anonymous Heroes)

Ses techniques peu commodes lui donnerent une reputation d’usurpateur: s’il ecrivait la totalite de ses scenarios avec Ni Kuang, il laissait souvent ses assistants realiser une grande partie de ses films, et accordait une grande liberte a ses acteurs, qui lui donnaient des idees pour ses scripts. Il n’empeche que sa technique un peu speciale permis a ses assistants et meme a ses acteurs de pouvoir realiser leurs propres films, et de continuer ainsi a utiliser ses influences…

Les themes recurrents de ses films sont en contradiction avec sa personnalite. Si ses films etaient un elan de violence et de tuerie barbare, il etait plutot du genre calme, constamment en train de reflechir, et a observer ses acteurs pendant les pauses pour pouvoir rajouter leurs traits de caracteres a leurs personnages fictifs dans le scenario.


QUOI?! je me fais bouffer par le grand mechant loup dans la prochaine scene??

On note frequemment qu’il rendait hommage aux genres cinematographiques qu’il admirait: le Chambara (films de samurais) avec son heros manchot dans The One-armed Swordman (clin d’oeil au Zatoichi aveugle nippon), le Western Spagetti de Sergio Leone dans Have Sword, Will Travel ou le personnage de David Chiang erre sans but avec comme seule possession son cheval et son epee, et enfin les drames modernes americains dans la meme lignee que La Fureur de Vivre (ex: Dead End). Si dans la vie il etait feru de politique, il n’en fit jamais un theme important dans ses films, histoire de montrer que ses heros n’avaient rien en commun avec lui… Chang Cheh doux reveur?


Et moi dans tout ca? T__T (ambiance YMCA)

Sa dream team, l’attention portee sur l’esthetique des combats, des costumes et des decors etaient des elements majeurs du succes de ses films. Mais ce qui saute aux yeux, ce sont ses heros: Chang Cheh ne filmait pas ses acteurs, il les magnifiait. D’ailleurs, aucun Wang Yu, Chiang ou Ti Lung n’aura la meme popularite que diriges sous l’oeil du grand maitre. Car Chang a l’obsession du heros viril, chevaleresque, et loyal. Que l’action se passe en Chine feodale ou au milieu des annees 70, le theme reste le meme: l’amitie de 2 hommes, souvent decrite sous forme d’un fraternite (de sang ou d’arme, ou d’une complicite… a la limite du suspect U.U), la mort de l’un va entrainer la vengeance de l’autre. Le tout dans un bain de sang, s’il vous plait. Car si l’Ogre aime ses heros, il les fait egalement souffrir: par exemple, dans The Heroic Ones, David Chiang finira depece en 5 morceaux… :-S Ne vous attendez donc pas a un happy-ending pour le gentil. Mais si leurs morts sont d’une barbarie a la limite du supportable (vous vous imaginez, vous, etre trahis par vos proches, voir votre frere se faire assassiner et etre taillade de tous les cotes en perdant 20L de sang a chaques coupures, sans personne pour vous aider??) elles sont teintees de romantisme et d’heroisme. Dans la quasi-totalite de sa filmographie, vous verrez un gentil continuer a se battre jusqu’a son dernier souffle, malgres le fait qu’il ait une balle/une epee/un sabre/autres objets tranchants qui vous passe par la tete enfoncee profondemment dans l’abdommen. Pourquoi? Parce qu’un heros vit et meurt par le sabre, il n’attend rien de la societe a part la mort, qui viendra le fouetter en pleine jeunesse (pour qu’il ne vieillisse jamais). Il doit rester fidele a ses convictions et ne peut se ranger, vivre heureux avec beaucoup d’enfants (ce serait alors le signe qu’il aurait ete vaincu par la societe en devenant… normal). Par exemple, dans The Assasssin, Jimmy Wang Yu preferera s’arracher les entrailles plutot que de se rendre… Autre exemple encore plus eloquent dans La Rage du Tigre, ou malgres les projets de vivre une vie tranquille avec Lei Li (no comment) et les avertissements de celui-ci, Maitre Feng decide quand meme de se rendre chez les mechants retablir la justice, et ainsi… se faire tuer. Ironiquement, ce film-ci – qui est le plus celebre de la filmographie de Chang Cheh – sera le seul ou le heros s’en sortira vivant, lave de ses demons, avec la fille se jetant a ses bras!


Cheri, tu me passes le ketchup, stp?

En vrai maitre il fit de son equipe une famille ou il devint le patriarche, respecte de tous. Il organisait souvent des repas et il y avait une franche camaraderie entre ses acteurs (comme quoi il fit de son fantasme d’amitie virile une realite!). Par contre, au fil des annees, ses rapports avec Liu Chia Liang (le choregraphe de combat) de deteriorerent. Celui-ci qui avait une vision si respectueuse des arts martiaux ne supportait plus de voir son art etre decrit comme une arme de barbarie par Chang Cheh. D’ailleurs, quand ce maitre d’armes decida enfin de le quitter pour tourner ses propres films (avec succes), la qualite du maitre se fit sentir et on vit ainsi le declin de L’Ogre, qui perdit peu a peu sa touche de Midas.


sur le tournage de Have Sword, Will Travel.


Liu Chia Liang, vrai maitre de kung fu, sera l’atout majeur de la reussite esthetique des films du grand maitre Chang Cheh. Pourtant, il sera le seul a se rebeller contre l’Ogre et son depart marquera involontairement le declin du plus grand realisateur que Hong Kong n’ait jamais connu.

Si il tomba dans l’oubli du grand public au naufrage de La Shaw, les specialistes du genre ne l’oubliaient pas et son influence reste presente meme dans les films d’aujourd’hui (specialement dans les premieres oeuvres de John Woo, c’est-a-dire les meilleures): dans Kill Bill, Tarantino utilise de la musique disco pour un combat de katanas ou une musique de western dans son volume 2… Mais qui fesait ce genre de melange avant lui? Chang Cheh bien sur! (comme dans Water Margin, qui pourtant est un theme historique et classique de la litterature chinoise, Chang Cheh prefera utiliser comme bande sonore de la musique moderne…)

De son vivant, il aura produit et realise plus de 100 films. Pas mal seront des chef-d’oeuvres du genre,mais beaucoup resteront des daubes a oublier (je ne vous conseille pas Duel of Firsts, si ce n’est pour la chemise delirante de David Chiang… XD). La demesure etait sa vertue comme son pire defaut, a force de trop exploiter le filon et a traiter toujours le meme theme sous toutes les coutures, sa filmographie totale n’atteint pas les sommets de son genie. Dommage. Et pourtant…

La Rage du Tigre, symbole de la demesure selon Chang Cheh.

Comme ses personnages, Chang Cheh aurait pu mourir jeune, de mort violente, sans personne pour le pleurer, fidele a ses convictions, et entrer dans l’histoire comme un heros. Chang Cheh mourut en 2002, tranquillement, a l’age de 69 ans. Il fut pleure par ses acteurs comme un pere, resta fidele au cinema honkongais jusqu’a son dernier souffle, et il entra dans l’histoire comme l’homme qui avait CREE la vision du heros.


Un homme avec une vision du heros.

article ecrit par LNA.
Source: cinemagik, Wikipedia, kungfumovies.com… U__U

Vous etes encore la, vous? XD allez, pour vous recompenser de votre patience, je vous montre une photo prise du film Duel of Firsts, avec LA fameuse chemise de David Chiang a ne pas oublier (meme si on le voudrait…)! A noter les gants “mode” de Ti Lung qui reviennent en force chez tous les gothiques du coin XD


comment ca, la mode est aux rayures cette saison?!

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