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7

Jul

2010

7/7

By LNA. Posted in FR-UK, Ma vie, ce drama | 2 Comments »

Aujourd’hui est une date sans importance, si l’on ne vit pas à Londres. Mais il y a cinq ans de ça, la capitale anglaise a connu son propre 9/11. Cinq ans jour pour jour, 52 personnes ont perdu la vie dans les quatre explosions terroristes qui ont eu lieu dans les transports publics londonniens.

Puis passé le choc, le drame, et l’enquête, la vie a repris son train. Malgré les anniversaires chaque année, on a presque oublié. Ou pas?

Je me rappelle avec détail de ce jour de 2005. Je travaillais encore à l’usine, et mes horaires commençaient à 13h30. Comme le matin je dessinais, je n’étais pas du tout au courant de ce qui se passait dehors, d’autant plus que je vivais dans la tranquille banlieue en Essex. Quand je suis arrivée pour pointer, il y avait mes supérieurs, tous réunis, silencieux, les yeux rivés sur la télé. Étrange, il n’y a pourtant pas de match de football à cette heure, me suis-je dis. Quand j’ai vu les expressions sur leur visages, qui étaient le même que celui que l’on avait tous quand les Twin Towers se sont effondrées en 2001, que j’ai compris qu’il y avait quelque chose. Je n’ai pas osé regarder l’écran, de peur que l’on me dise quelque chose. Je suis allée directement aux machines, où, une fois que les oreilles se sont accoutumées du brouhaha répercutant et continu (ça prenait environ quelques secondes), on n’entendait aucune musique à la radio. La voix de l’animateur a fini par se faire entendre: “… et comme je vous le rappelle, trois bombes ont explosé ce matin, une dans le tube (= comment on surnomme le métro à Londres), et une autre dans un bus. On ne sait pas encore qui sont les coupables, et quelle sera leur prochaine cible…”

C’était effrayant. Personne ne savait ce qu’il se passait. Bien que l’on était loin, tout le monde avait au moins une connaissance qui était au centre de Londres ce jour-là. Un pote panique: sa fille prenait le métro au moment où la première bombe a explosé, et elle semble introuvable, personne ne l’a vu à son travail. Parce que je travaillais dans une usine de storage de médicaments, on a travaillé dur ce jour-là, pour fournir les hopitaux. Normalement, on aurait ralé. Mais on s’est tut, et on s’est mis à faire du mieux que l’on pouvait, le plus vite possible, machinalement. C’était comme si l’usine entière était composée de machines, nous n’étions plus humains. Nos émotions, on les laissait s’exprimait dès que l’on avait notre petite pause. On s’arrêtait parfois pour écouter s’il y avait du nouveau. A la radio, ça parlait non-stop. C’était marquant, car je n’ai plus jamais entendu de radio sans musique depuis ce jour.

C’était étrange, l’état d’esprit que l’on avait ce jour-là. Nous étions peiné, stressé, mais en même temps heureux d’être ici plutôt que là-bas. Je pense que ce genre de situation extrême fait ressortir autant le meilleur, que le pire de la nature humaine. Un de l’équipe s’est senti le besoin de faire son intéressant, en hurlant au téléphone, soit-disant parce qu’un de ses proches était dans les disparus. Tout le monde savait qu’il n’avait personne, c’était du pipeau. Mais parce que l’on était tous préoccupé pour les vraies victimes, nos propres proches, on l’a juste ignoré. Il s’est retrouvé à faire son cirque dans un coin de la cantine, tandis qu’à l’autre opposé, nous étions tous rivés sur la télé, le laissant dans un total déni. Étrange scène, quand j’y repense. Mais rien de ce jour-là n’était habituel ou normal. C’était comme vivre un rêve étrange les yeux ouverts.

Ce jour-là, il n’y avait plus aucun bus, ni aucun métro. Les gens se trouvant au centre de Londres ont du marcher pendant des heures en silence pour atteindre leur destinations. La mère de mon ex, qui s’y trouvait avec sa fille, m’a dit que des milliers de gens marchaient en silence, de manière coordonnée, vers chez eux. Ce qui revenait pour la plupart à plus d’une heure de marche. Les lignes téléphoniques étaient complétement saturées jusqu’au soir.

Je n’ai plus repensé à ce jour pendant des années. Bien que je n’ai pas été touchée personnellement, c’était comme si je voulais me convaincre qu’un tel incident n’ait jamais vu le jour à Londres, cette capitale que j’aime tant. Avoir vécu les moments du 9/11 étaient déjà marquants, mais là, c’était quasiment chez nous. En fait, je n’y ait plus repensé parce que je me suis dit que ça ne me concernerait pas, vu que je ne vivais pas, ni travaillais au centre de Londres. Mais aujourd’hui, c’est le cas. Alors aujourd’hui, j’y pense. Cinq ans après.

Les trois bombes qui ont explosé dans le métro étaient sur la Picadilly, et la Circle Line, en direction de, ou partant de King’s Cross Station. Ce sont les lignes les plus comblées pendant les heures de pointe. Et il s’avère que je prend exactement ces deux lignes pour aller au boulot à présent. Aurai-je été dans ma compagnie cinq ans plus tôt, j’aurai été touchée par au moins une des bombes. Quand je réalise que je prend ce chemin tous les jours, sans vraiment y réfléchir, alors que des vies se sont perdues il y a cinq ans de ça au même endroit, ça donne froid dans le dos.

Pourtant, quand on regarde, rien ne semble vous dire du drame qui s’est passé ici. J’applaudis le fighting spirit britannique, beaucoup plus fort que les américains. Flegmatiquement, les anglais ont juste réparé les dommages faits par l’explosion, ont mené l’enquête, qui leur a permis d’identifier les terroristes, et se sont concentrés à retrouver un train de vie normal. L’idée avant tout, était de montrer que si l’on pouvait détruire Londres et ses bâtiments, il était impossible de détruire l’esprit de la ville et de ses habitants, fait déjà montré pendant la Seconde Guerre Mondiale. Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de traumatismes, bien au contraire. Ils ont été profondément marqué dans la ville et les rescapés, dans ma mémoire aussi.  On a eu également nos crises de paranoïa, mais cela restait compréhensible, et pas surjoué. Mais en ce qui concerne les rescapés ou les victimes, il n’y a pas eu de grosses campagnes médiatiques à leur sujet, bien qu’aujourd’hui encore, certaines ont encore du mal à aller de l’avant, j’en suis sure. Mais à la fin, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, n’est-ce pas?

Voilà une des raisons pour laquelle j’apprécie tant ma vie ici. Londres est une jungle, on y vit aussi vite qu’on y meurt, certains aiment, d’autres la détestent, pour quelques raisons, je me suis juste amenée à l’apprécier. Depuis, nous avons été salement touché par la crise financière, et la grippe A, mais comme toujours, Londres s’adapte, se soigne, évolue, se relève. C’est une grande chose que l’on m’a apprit, on ne se laisse jamais faire face au pire. Même si c’était pas facile de surmonter de tels événements, je suis heureuse d’avoir connu cette facette de la ville.

J’ai passé huit ans dans cette capitale, qui me semble toujours aussi étrangère qu’au premier jour. Il y a tellement de facettes qui lui sont attachées que selon le train de vie que vous vivez, les gens que vous y rencontrez, vous n’aurez jamais la même expérience que la mienne. Je ne souhaiterai pas passer 10 ans ici, sinon j’aurai l’impression d’étouffer. Après toutes ces années, l’envie de vouloir m’envoler vers de nouveaux horizons me prend de plus en plus souvent. Quand le moment viendra, j’emporterai dans ma valise tous ces souvenirs, qu’ils soient heureux, malheureux, tragiques ou comiques, et irait en direction du vent. Et à chacune des chutes que je ferai autre part, loin d’ici, les lumières de la Tamise s’illumineront devant mes yeux, comme pour me rappeler que plus tard, ça ira toujours mieux.

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2 Responses to “7/7”

  1. 1
    MIsHA Says:

    Belle philosophie. Belle pensée.
    Courage pour tous ces moments difficiles et traumatisants, grade-les en mémoire mais n’oublie pas le plus important, comme tu le fais bien : les moments de plénitude et de sérénité, les joies et les surprises de la vie qui restent imprévisibles ^^

  2. 2
    anarielle Says:

    Je trouve la façon de réagir des anglais admirable après des événements aussi traumatisants. Ca a du être tellement dur, mais leur attitude illustre bien le “Ce qui ne te tue pas te rend plus fort”…

 

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